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La marche funèbre

octobre 20, 2010
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#joanjettstyle


 

Je pense que je pourrais passer mon temps à le regarder marcher. Ça me suffirait. Je me mettrais juste derrière lui, un peu en retrait, et je ne le quitterais pas des yeux. Mes pas emboiteraient les siens, en cadence. Je respirerais à pleins poumons la fumée de sa cigarette. Je sentirais les effluves de son parfum. Peu importe la direction, vraiment. Je copierais le mouvement de son bassin. Comme lui, je laisserais mes bras balancer en rythme le long de mes cuisses, sans jamais les toucher, et je frôlerais de mes doigts moites mon jean glacé.

Il ne sentirait pas ma présence. Je me contenterais de souffler une brise chaude sur sa nuque dégagée. Cet érotisme raffiné. La seule partie de sa chair qu’il oserait me dévoiler. Là où tout semble se mêler et se démêler, la tête et le corps, l’entendement et la sensualité. C’est là aussi qu’il serait le plus vulnérable. Je pourrais alors le frapper d’un coup sec sans qu’il ne me soupçonne ou poser mes mains autour de son cou et les serrer jusqu’à ce qu’il me supplie d’arrêter.

Et dans un dernier élan,  je lui susurrerais au creux de son oreille « I’m your ch-ch-ch-ch-cherry bomb » en faisant volontairement claquer mes lèvres pour que le dernier mot résonne dans ses tympans.

L’échappée belle

octobre 16, 2010
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#lafuite


 

 

Thomas était arrivé juste au bon moment. Avec sa voiture de course et ses rêves démesurés, il voulait m’enlever et je ne demandais qu’à partir. Il m’aimait et j’étais seule, je me suis dit qu’on arriverait bien à s’arranger. Qu’ensemble on arriverait probablement quelque part.

De toute façon, à mes yeux n’importe où était mieux qu’ici. Je n’avais plus rien à perdre, plus rien à prouver. J’aspirais juste à recommencer tout à zéro. Peut-être qu’on arriverait à faire quelque chose de nous deux.

Il devait venir me chercher avec son bolide. Il avait un plan pour nous sortir d’ici et j’avais un peu d’argent de côté. On n’aurait pas besoin d’aller très loin. On traverserait simplement la frontière jusqu’à la prochaine ville, on se trouverait tout les deux un boulot dans l’espoir d’enfin découvrir ce que cela signifiait de vivre.

Je ne le connaissais pas depuis longtemps mais il me rendait la vie plus facile. Moins vulnérable, le soir j’arrivais à oublier de penser à l’autre et je dormais à nouveau. Ses projets insensés me gardaient l’esprit occupé si bien que même le matin je restais longtemps éveillée avant de me rappeler que j’avais le cœur brisé.

Mais mes doutes sont arrivés en même temps que la voiture qui devait m’emmener loin d’ici. Je me souviens qu’on a commencé à conduire. Il roulait tellement vite que le sang m’est monté à la tête comme si j’étais ivre. Les lumières de la ville sont apparues droit devant nous et sentir son bras puissant autour de mes épaules avait quelque chose de confortable. J’avais l’impression d’exister, d’appartenir à quelque chose et de pouvoir recommencer.

On est resté longtemps dans sa voiture. On a beaucoup roulé, comme pour oublier ou pour s’occuper. Je m’imaginais bosser comme caissière dans une moyenne surface pendant qu’il ne trouverait pas de travail. J’essayais de croire que ça s’arrangerait. Que bientôt il trouverait de quoi gagner sa vie, que j’aurais rapidement une promotion et qu’on pourrait vite se trouver un logement correct. On achèterait une grande maison en banlieue. Il aurait toujours son bolide et j’aurais un travail qui paierait nos factures. Il resterait souvent tard le soir au bar à boire avec ses amis plutôt qu’à voir ses enfants. J’avais toujours espéré plus de la vie, mais peut-être qu’ensemble on pourrait trouver.

Mais je n’ai jamais eu le cran de descendre. La solitude me dévorait et avec un tel besoin de compagnie et d’attention mon cœur était devenu un organe hystérique sur lequel je ne pouvais plus compter. C’est comme ça que Thomas était entré dans ma vie. Mais je n’allais nulle part. Alors je lui ai dit de garder son bolide et de continuer de conduire pour draguer les filles. Il valait sûrement mieux vivre comme ça pour lui plutôt que de mourir ici comme moi.

Jules et Jim

octobre 4, 2010

#letourbillondelavie

 

 

« Je pense à cet artilleur que j’ai connu à l’hôpital, en revenant de permission il a rencontré une jeune fille dans le train, ils se sont parlés entre Nice et Marseille. En sautant sur le quai de la gare elle lui a donné son adresse. Et bien pendant deux ans, tous les jours il lui a écrit frénétiquement depuis les tranchées, sur du papier d’emballage, à la lueur des bougies. Même quand les obus pleuvaient, les lettres se faisaient de plus en plus intimes.

Au début il commençait « Chère mademoiselle » et terminait par « Mes hommages respectueux ». A la troisième lettre il l’appelait « Ma petite fée » et lui demandait une photographie. Puis ce fut « Ma fée adorable », puis « Je vous baise les mains », puis « Je vous baise le front ». Plus tard, il lui détaille la photographie qu’elle lui a envoyée et lui parle de sa poitrine qu’il a cru deviner sous le peignoir. Et bientôt il passe au tutoiement, « je t’aime terriblement ». Un jour il écrit à la mère de cette jeune fille pour lui demander sa main. Dès lors il devient son fiancé officiel sans jamais l’avoir revue. La guerre continue et les lettres deviennent toujours plus intimes, « Je m’empare de toi mon amour », « Je prends tes seins adorables, je te presse absolument nue contre moi. Lorsqu’elle répond un jour un peu froidement à l’une de ses lettres il lui prie de ne pas faire la coquette parce qu’il peut mourir d’un jour à l’autre. Et il dit vrai !

-Voyez-vous Jules, pour comprendre cet extraordinaire dépucelage par correspondance, il faut avoir connu toute la violence de la guerre des tranchées, cette espèce de folie collective et cette présence de la mort minute par minute. Voilà donc un homme qui, tout en participant à la grande guerre, a su mener sa petite guerre parallèle, son combat individuel, et conquérir totalement une femme par la persuasion à distance.

-Quand il est arrivé à l’hôpital il était comme vous Albert, blessé à la tête, mais il n’a pas eu votre chance. Il est mort après la trépanation, à la veille de l’armistice. Dans sa dernière lettre à sa fiancée inconnue, il écrivait « Tes seins sont les seuls obus que j’aime ».

Têtu

septembre 5, 2010
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#jeveuxetreunsupersonique



Le ciel était bleu. Je voulais tellement célébrer mon dernier jour de stage que je n’ai pas hésité. J’ai enfilé une petite robe corail, des sandales bridées et j’ai affronté le tout Paris, celui aux gens tristes et ternes qui se cachent sous de longs trenchs sombres et osent déjà porter la collection automne hiver. En fait l’azur n’était qu’un artifice, il faisait 10 degrés et le vent était glacial. Je m’étais bel et bien fourvoyée. Mes jambes nues et huilées faisaient jaser dans le métro. Je les voyais tous hausser les sourcils derrière leurs journaux gratuits, attentifs au moindre de mes frissons pour mieux se délecter. Dans une semaine, ces même rapaces liront le très attendu Houellebecq et leurs regards méprisants se jetteront alors sur ceux qui auront l’affront de terminer leur ouvrage estival, à la couverture sableuse et collante qui rappelle l’océan.
Leur moqueries m’importaient peu, le soir même je m’envolais là où le soleil brule la peau et où les dédaigneux ont la vie dure. Sur place, je retrouve un vieil ami devenu pilote, loin de ressembler à Tom Cruise dans Top Gun, mais tout autant séduisant. Après avoir évoqué les vieux souvenirs des années lycées et cassé du sucre sur nos rivaux de l’époque, je sens qu’il commence à amener la discussion sur son sujet de prédilection… l’aéronautique. C’est un thème épineux que je ne maitrise en aucun point et qui me provoque régulièrement des bâillements incontrôlables. Je tente le tout pour le tout et j’évoque en pagaille Master Chef/la mort de Fignon/le vernis fluo pour les ongles de pied/les Universités d’été/les toc chez les enfants mais c’est un #fail grandiose.

Et son récit commence. Il me raconte qu’il a longtemps pris les commandes d’un Airbus A380, stable et immuable. Il le connaissait par cœur, il savait parfaitement comment le manœuvrer et le guider, il n’avait plus de secrets pour lui. Mais le mois dernier, lors d’un long courrier, l’atterrissage s’est mal passé. Depuis, il renonce d’en entendre parler et jure qu’il ne remontra jamais à son bord.
Il me confie que désormais il aimerait bien piloter un avion de chasse ou un petit coucou. Ah ça oui, il s’imaginerait bien caresser la carrosserie de ces supersoniques rutilants ou prendre soin de ces aéroplanes fragiles.Je me prends au jeu. Je lui parle rapidement des modèles vintage, ceux aux moteurs froids, aux ailes cassées, à la peinture rayée, et aux manettes rouillées. Il en pense quoi de ceux là ?  Il m’avoue qu’en avoir piloté un avant l’A380 lui a permis de comprendre qu’il n’était pas fait pour lui. Trop compliqué à manier. Sa réponse est tranchante, sans compromis possible. Inspirée par la bouteille de Bordeaux qu’on venait de se siffler je lui suggère que plus un vin vieillit, meilleur il est, et que c’est peut être aussi le cas pour les vieux charters qu’on met de côté. Je veux le persuader. « On peut mettre de l’huile dans le moteur pour les faire chauffer, on peut faire briller leur carrosserie et les ailes peuvent se réparer, non ? »

« Non, ce sera toujours trop compliqué».

Just another of those glory days

août 28, 2010

#girlsjustwannahavefun

Il est tard. Dans une discothèque provinciale, deux filles sont installées sur une banquette. Le DJ passe un son électro expérimental qu’elles ont fait semblant d’aimer pour se faire payer des verres par deux prétendus journalistes. Elles s’ennuient ferme. Face à leur Gin Tonic, entre deux sourires, elles cherchent un truc drôle à dire quand la guitare de Heavy Cross se fait entendre.  Leurs yeux se croisent sur les notes cristallines et elles se mettent à hululer en rythme pour imiter Beth Ditto : « It’s a cruel cruel world to face on your own… » Les types rigolent mais elles s’en foutent, les gens se sont mis à danser. Le rythme s’accélère et elles se lèvent pour crier: « I TRUST YOU, IF IT’S ALREADY BEEN DONE, UNDO IT. » Un gamin improbable arrive pour imiter le guitariste tandis que les deux filles continuent de s’égosiller à pleins poumons en sautant dans tous les sens. Au moment du break, elles vont se placer sur un podium dans la lumière rasante pour susurrer « ah ah aïe, ooohohoh yeahay, ah ah ah ah ah AÏE, OHOHOH, YEAHAY YEAHAAAAY. » Puis elles sautent à la reprise du refrain, glissent sur leurs genoux, applaudissent leur musicien fictif et retournent à leur table pour prendre leur première gorgée de Gin, #ilfaitsoif. Et voilà comment est née notre idée stupide de monter un groupe… Suite à quelques collants filés, des cheveux collés par la sueur et l’ironie de deux pigistes imbibés : « Alors les filles, ça vous tenterait pas la scène, vous semblez plutôt à l’aise? » Tout ça alors qu’on ne connaît rien au solfège ni aux accords et que nos potes du collège nous jetait des pièces en cours de musique parce qu’on chantait faux #alwaysdreambig.

 

Ouais mais si on veut que notre groupe marche, dans un premier temps il nous faut un nom putassier, un blaz’ de bâtard qui claque. Pas un nom de chamallow rouillé qui évoquerait la paraffine et les champs de coton. Bruno Vandelli nous a bien proposé sa manne d’inspiration mais on a trouvé qu’il était plus sage de refuser #remember. On préfère un brainstorming en mode Moleskine : il nous faut un nom à la fois sobre mais coloré, crédible mais déphasé, subtil mais évident. Il y a la piste du nom de groupe animal à l’instar des Artic Monkeys, Grizzly Bear ou Pony Pony Run Run mais on peut vite virer esprit 30 millions d’amis et Les Malbrouk comme nom de scène ça n’envoie pas vraiment du fat. AC/DC, LMFAO, R.E.M, MGMT, ont marqué les esprits grâce à leurs initiales, mais les PZK ont voulu essayer, et ils ont échoué, donc on évitera ce chemin sinueux. Et si on mettait un chiffre comme U2, The XX ou Maroon 5 ? Genre Frenchies 88 ou AprilNatives 716 ? Ca aurait un petit esprit Meetic meets Chatroom pas des moins adaptés, non ?

Bon ensuite il faut lancer le groupe. Pour se faire on pourrait réaliser un clip et créer le buzz sur Twitter. Bye bye les labels et les maisons de disques, hello le monopole des réseaux sociaux et le personal branding. On réaliserait une vidéo en noir et blanc, digne des grandes années du muet, sur fond de #gabbagabbahey et de sauce Something à la mode. Greta Garbo et  Louise Brooks seraient nos références, nos mentors d’un autre temps.  Ça ferait sacrément l’affaire. Pour le chant, ce serait judicieux de faire la démo aux alentours de 4h du matin, après une soirée enfumée et arrosée, où nos voix, éraillées et voilées, joueraient l’illusion parfaite.

Il se pourrait que ça marche, que l’on troque les ballerines Repetto et les amphithéâtres contre des boots sulfureuses et la première partie d’Arcade Fire. Il se pourrait aussi qu’on ne fasse rien de tout ça, qu’on repose notre Gin Tonic et qu’on se contente d’aller applaudir nos idoles à Rock en Seine. Ce serait certes moins excitant mais beaucoup plus prudent. Allez Saint Cloud, on descend de notre petit nuage et on débarque, ce week-end on va faire ce qu’on a toujours aimé faire, à savoir chanter faux ET fort !

Make an educated guess

août 5, 2010

#cruciloliste


« Un optimiste est quelqu’un qui commence à faire ses mots croisés au stylo à bille. »

Marie Lyse Aston

Life in plastic, it’s fantastic

août 4, 2010
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#sacrérogerjouret

 


Plastic Bertrand, un mythe qui s’effondre, une déception sans nom. Le héros de toute une génération wallonne n’était en fait qu’un biaiseur de luxe qui nous a luxueusement baisé. Il avait compris la recette du succès, celle qui sera reprise par toutes les pré pubères des années 2000 : se teindre en blond et exceller dans l’art du play-back. Quel précurseur ce Plastic. Il avait même réussi à faire carrière avec un nom pareil. D’après une source proche, pour avoir un bon nom de scène il faut prendre le prénom de notre premier animal de compagnie et le nom de la rue où on habite. Petits florilèges : Chouquette Court Debout, Pompon horizon, Désirée Dufour, Cannelle Les Buissons, Cacahuète de Sébastien ou encore Totor des Ecuries. C’est imparable. Ça marche aussi pour une carrière dans le porno bien sûr.
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