Skip to content

Fragments d’un discours amoureux

novembre 5, 2010
by

#unevieatattendre


 

Le visage c’est bien ce que chacun connaît le moins bien de lui-même.

Il est là, face à elle, ils se connaissent depuis 7 ans maintenant, et pourtant il croit encore qu’il peut lui cacher son désir. A ce point de proximité avec lui, elle sent qu’il lui suffit d’un geste pour qu’ils s’unissent totalement. Si elle avance les mains, il cédera sous ses caresses et s’ouvrira sans mot dire à la possibilité de découvrir la seule chose qu’ils ne connaissent pas encore l’un de l’autre. Avant qu’il ne se marie, c’est probablement l’occasion unique pour elle d’accomplir le geste tant désiré. Et pourtant ce geste, elle ne le fera pas, pas encore, sachant pertinemment que s’il en est encore temps, c’est que ce n’est justement pas le moment de le faire.

Une fois qu’ils se seront embrassés, elle sait que tout sera terminé, tout ce qu’il y avait d’intéressant sera brisé, leurs meilleurs moments seront derrière eux, déjà loin. Mais l’envie et la curiosité sont des ennemies vigoureuses. Et lorsqu’elle se penche enfin, c’est donc un peu pour se rendre, et beaucoup pour se donner raison.

Au contact de leurs lèvres, elle sent immédiatement le vide, ce goût de tristesse qui ne trompe pas. Après toute cette attente factice, la salive goûte trop le vrai, le fade, l’ennui et les ennuis. C’est son problème, elle aime trop l’attente, la séduction, les premières fois, le moment électrique où il prononce son nom. Mais une fois que tout cela est passé, une fois qu’elle cède et que les barrières tombent, où est l’excitation ?

Les pensées délirent dans sa tête tandis qu’elle continue machinalement de faire glisser sa langue contre la sienne. Il n’embrasse pas mal mais il y met bien trop de sens pour qu’elle s’oublie. Il le sait pourtant, il la connait. Elle a toujours laissé leur relation flirter avec l’ambigüité pour garder une place privilégiée à ses côtés. Mais son intérêt n’est jamais allé plus loin que la naturelle curiosité. Il avait bien essayé de lui montrer qu’il serait là pour elle, de son côté, quelle que soit l’issue qu’elle choisirait. Mais trop dépendante du regard des autres, elle n’avait jamais saisi. Et maintenant il était un peu las, il avait perdu patience et il était parti affronter ses propres angoisses dans les bras d’une autre.

C’était finalement cette bête idée qu’une étrangère puisse s’intercaler entre eux qui les avaient poussés dans les bras l’un de l’autre. Alors, comme pour sceller une histoire qui traînait depuis trop longtemps, ils choisirent d’aller au bout. Résignés, ils gagnèrent le lit fatigué ; mais la chair était triste et la parole grelottante.

One Comment leave one →
  1. Baguette permalink
    novembre 10, 2010 10:26

    Bah putain avec ce post je comprends un peu plus mes propres emmerdes avec certaines meufs… « Flirter avec l’ambiguité pour garder une place privilégiée à ses côtés » : you girls are SO weird.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :