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If it never ends then where do we start

octobre 27, 2010
by

#outofyourconfortzone


 

Matin glacial. Le quartier est enseveli par la brume. Elle est réveillée depuis longtemps. Elle a même eu le temps d’étouffer son réveil juste avant qu’il ne sonne 6 heures. Minutieusement, avec la grâce à la fois grave et romantique de quelqu’un qui va se lancer dans un combat, elle vérifie que tous ses papiers sont bien en place. Elle plonge ensuite son corps délicat dans un bain parfumé, avant de choisir une robe en soie noire dans son placard. En enfilant ses bas en nylon elle se félicite d’avoir eu la présence d’esprit d’emmener de si beaux vêtements dans ses bagages. Elle achève sa tenue par d’adorables dormeuses nacrées et une paire d’escarpins en satin. Son courage ne va, hélas, pas jusqu’à lui faire avaler son petit déjeuner, mais elle se pardonne aussitôt en faisant passer cela pour un inutile contretemps et se met immédiatement en route, la mort en poche.

Sur place les manteaux sont épais et les égoïsmes aussi. Debout au premier rang, elle songe à laisser le froid glacer son esprit pour ne plus subir ce que tous ces visages étrangers et compatissants lui inspirent. Elle sent la main ravagée du frère sur la sienne. C’est sans doute pour lui que ça lui fait le plus mal. Dans 20 minutes, 30 tout au plus, plus rien ne sera jamais pareil. Il y avait un avant ; il y aura un après. Ils feront semblant de continuer à vivre, en dépit de tout ; ils simuleront les gestes quotidiens, innombrables, fastidieux, des sourires même, quand les conventions l’exigeront. Mais la moindre image, la moindre souvenance d’un bonheur connu leur transpercera le cœur. Parallèlement à la vie ici s’en déroulera une autre en filigrane, vécue jadis, là-bas, dans un cadre qui deviendra de plus en plus flou, de plus en plus lointain, inaccessible. Elle le sait et elle sait que cela signifie qu’il est déjà trop tard : la possibilité de rejoindre cet autre cadre, cette autre vie, leur est à jamais refusée, même pour une dernière fois. Sauf en rêve…

Alors elle se souvient d’Hemingway qui faisait dire à Nick Adams : « On ne vit qu’un seul jour à la fois, celui du moment. Aujourd’hui dure jusqu’à ce soir et demain est un autre aujourd’hui. Voilà l’essentiel de ce qu’il faut apprendre dans une vie» Et elle se dit que c’est cette phrase qu’elle aurait du faire graver sur la tombe parce que ça lui aurait plu. Oui c’est sûr que ça lui aurait plu.

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