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Jules et Jim

octobre 4, 2010

#letourbillondelavie

 

 

« Je pense à cet artilleur que j’ai connu à l’hôpital, en revenant de permission il a rencontré une jeune fille dans le train, ils se sont parlés entre Nice et Marseille. En sautant sur le quai de la gare elle lui a donné son adresse. Et bien pendant deux ans, tous les jours il lui a écrit frénétiquement depuis les tranchées, sur du papier d’emballage, à la lueur des bougies. Même quand les obus pleuvaient, les lettres se faisaient de plus en plus intimes.

Au début il commençait « Chère mademoiselle » et terminait par « Mes hommages respectueux ». A la troisième lettre il l’appelait « Ma petite fée » et lui demandait une photographie. Puis ce fut « Ma fée adorable », puis « Je vous baise les mains », puis « Je vous baise le front ». Plus tard, il lui détaille la photographie qu’elle lui a envoyée et lui parle de sa poitrine qu’il a cru deviner sous le peignoir. Et bientôt il passe au tutoiement, « je t’aime terriblement ». Un jour il écrit à la mère de cette jeune fille pour lui demander sa main. Dès lors il devient son fiancé officiel sans jamais l’avoir revue. La guerre continue et les lettres deviennent toujours plus intimes, « Je m’empare de toi mon amour », « Je prends tes seins adorables, je te presse absolument nue contre moi. Lorsqu’elle répond un jour un peu froidement à l’une de ses lettres il lui prie de ne pas faire la coquette parce qu’il peut mourir d’un jour à l’autre. Et il dit vrai !

-Voyez-vous Jules, pour comprendre cet extraordinaire dépucelage par correspondance, il faut avoir connu toute la violence de la guerre des tranchées, cette espèce de folie collective et cette présence de la mort minute par minute. Voilà donc un homme qui, tout en participant à la grande guerre, a su mener sa petite guerre parallèle, son combat individuel, et conquérir totalement une femme par la persuasion à distance.

-Quand il est arrivé à l’hôpital il était comme vous Albert, blessé à la tête, mais il n’a pas eu votre chance. Il est mort après la trépanation, à la veille de l’armistice. Dans sa dernière lettre à sa fiancée inconnue, il écrivait « Tes seins sont les seuls obus que j’aime ».

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