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Génération à la con

juillet 7, 2011
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#feverpitch

«  In my experience, the prettier a girl is, the more nuts she is, wich makes you insane. 

- I like how you can compliment and insult somebody at the same time, in equal mesure. »

                                                                                                                                                Blue Valentine

               S’il y en a qui savent draguer en finesse, ce n’est pas le cas de Bobby, qui lui ignore les métaphores subtiles et qui saute la tête la première avec un : « Tu sais que tu ressembles à un cocktail au curaçao avec ta robe turquoise ? Je te siroterais bien ». C’est tellement nul comme accroche… et pourtant avec ses lunettes rondes XXL qui lui couvrent la moitié du visage et sa chemise à carreaux tout aussi peu crédible, il a du style notre Bobby, donc une contenance, donc de l’assurance, donc un droit à déblatérer ses conneries et, au final, ça passe très bien… Même si en fait le syndrome Charles Ingalls, cette mode qui consiste à se la jouer bûcheron des temps modernes, mi homme des bois – mi homme tout court, a tendance à nous laisser dubitatives…

« Femme, donne moi une cheville, un tournevis et des lattes de hêtre, je vais te construire une table basse en forme de coquille saint jacques. Non, attends, d’abord je vais aller siffler une mauresque avec Paulo au bar et m’enfourner une baguette tradition avec un caprice des Dieux et un sauciflard bio».  Et donc après tu vas faire quoi ? Tu me joues du Brel avec un accordéon et tu invites Julien Doré dans le salon pour qu’il t’accompagne avec un harmonica ? « Avec la mer du Nord -doumbap, moi Lolita ouyeah- pour seul terrain vague… »

Je pense qu’une fille qui croise un Bobby se retrouve de suite en difficulté. Cuisiner des tartes à la rhubarbe en buvant du Bordeaux sans sulfates et en écoutant la méthode Assimile pour apprendre le magyar n’est effectivement pas ce que j’appellerais un but ultime dans la vie. Or, un Bobby peut vite vous incepter ce genre d’idées saugrenues dans votre cerveau. C’est mignon, vraiment, mais c’est juste un peu con.

Mais les Bobby ne sont pas les pires, il y aussi une catégorie redoutable dont il faut se méfier : les trentenaires qui semblent bien sous tout rapport mais qui, au fond, ont toujours 15 ans et la maturité d’une banane verte. Pour le coup, c’est vraiment le phénomène du here comes the bag of hair. Tu penses que tout va bien, tu as envie d’y croire parce que quand même ça se présente pas mal et là, le mec te confesse un truc horrible « Eh, je t’ai dit que je collectionnais mes mèches de cheveux depuis tout petit ? » et déclinée en version plus brute ça donne : « Je ne sais plus si je t’ai dit mais, au fait, j’ai une meuf », « Comment ça tu ne savais pas que je partais vivre au Chili pour 2 ans ?» ou pire, il ne dit rien et  nous laisse deviner, parce que c’est plus drôle… Mouhaha, tellement plus drôle. Et une fois qu’on s’est bien amusées, qu’on a compris qu’on était tombées dans le panneau, alors on change son nom de famille sur notre répertoire téléphonique avec une telle volonté qu’on l’écrit même en majuscule.

Ah, tiens, il y a justement Edouard le CONNARD qui m’appelle.

«Allo, ça va ? Bon anniversaire en retard au fait, 31 ans, ça y’est, t’es un grand maintenant ! (blague pourrie faite sous le coup de l’émotion).

-       Ouais merci… Sinon je t’appelais parce que je me disais que j’avais vraiment fait le con avec toi et parce qu’en fait j’ai largué ma copine avant hier et du coup je me disais que, peut être, on aurait pu se revoir et aller pic niquer dans un parc…

-       Ben carrément c’est une super idée (réponse instinctive – pas forcément la bonne)

-       Super ! J’apporterai du saucisson bio. Et t’étonnes pas si tu me trouves changé, j’ai acheté de nouvelles lunettes rondes XXL. »

Extremely loud and incredibly close

juin 17, 2011

#rebornashes

 

« She let out a laugh, and then she put her hand over her mouth, like she was angry at herself for forgetting her sadness. »

Jonathan Safran Foer

Tachycardie

décembre 5, 2010
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#vismaviedestressée

 

21h, mardi, assis en merde sur notre canapé, on regarde L’espoir de l’année sur M6. Cette semaine, ils élisent le meilleur apprenti  pâtissier de France.  Wa-ouh. Une bonne grosse soirée toute pourrie en perspective. Oui, sauf que j’ai un problème, je peux regarder n’importe quelle bouse à la télé, je trouverai toujours ça cool. Je ne sais pas comment je me débrouille mais je vis le truc vraiment à fond. Je pleure devant Master Chef, je m’indigne devant Qui veut épouser mon fils et  je suis limite prête à envoyer les papiers d’adoption pour recueillir une des petits Indiens qui fait la manche dans Pékin Express. Cette fois-ci, j’ai réussi l’exploit : faire stresser tout le monde pour un macaron estragon-cerises. Une des épreuves de cette ô combien géniale émission d’M6 consistait  à revisiter un grand classique de la pâtisserie. Les candidats avaient 2h pour nous sortir un truc de ouf-malade. Mais, 10 minutes avant la fin de l’épreuve : le drame… Un des candidats ayant fini son œuvre, il ne lui manquait plus qu’à déposer la coque de son macaron sur sa crème pâtissière pour que sa pâtisserie soit achevée. Manque de bol (ou complot de la Prod, on ne sait jamais bien dans ces cas là), il a échappé et donc bien sûr cassé son macaron…. J’ai alors poussé un cri de désespoir qui a résonné dans tout l’appart. Un « oh mon dieu, nooooooooooooon » qui m’a fait réaliser que j’avais un sérieux problème pour contenir mes émotions (et accessoirement avec toutes les émissions de télé-réalité, mais ça, c’est un autre sujet)

Quand on est atteinte de ce syndrome de non-contrôle, tout doit prendre des proportions énormes. Par exemple, au lieu de dire, « et, je n’ai pas raconté ? » je vais dire « HHHHHAAAN  putain, tu sais pas quoi ? » avec une tête de stressée de la vie qui s’apprête à annoncer une maladie en phase terminale. Et en général ça donne ça : « non, quoi, raconte, qu’est ce qui se passe, tout va bien? » et je réponds un truc du genre « Non mais c’est dingue, Jena Lee s’appelle en fait Sylvia Garcia » ou pire « je viens de découvrir que ma capuche était détachable ». De gros moments de panique inutiles pour au final raconter de la merde. Voilà, ça, c’est tout moi.

Pire. J’ai le don pour créer des situations de stress qui n’auraient pas lieu d’être, histoire de  me compliquer la vie, car je  trouve ça cool. Dans un laps de temps réduit, disons une semaine, il m’arrive en effet de perdre environ 17 fois mon téléphone, de le chercher pendant de longues minutes, d’avoir de grosses sueurs chaudes, de bien communiquer mon stress à tout le monde, d’imaginer la pire des situations, pour finalement m’écrier « Ah, non, c’est bon, il est là ». Déclinable en version clés/carte bleue/carte monoprix/carte cinéma UGC illimité/gants.

Don plus remarquable encore, celui de transformer des moments de joie en pur folie. Car être heureux ne suffit plus, il faut être insensé ! Je deviens donc hystérique pour un rien. Ayant récemment appris que la notion d’hystérie était lié au mot utérus, je ne vois aucune anomalie dans mon comportement. Mais il est vrai que me voir perdre tout self-control lorsque je croise le sosie de Grégoire Leprince Ringuet ou de Pio Marmai peut paraitre assez déstabilisant. Je pense d’ailleurs frôler la crise épileptique ou le coma psychogène si je serre un jour la main de François Bayrou. Et oui, il y a certains hommes qui exercent sur moi une fascination qui ne s’explique pas.

Allez, je vais me faire un petit café serré, ça va me calmer.

Il y a des soirs comme ça…

novembre 13, 2010

#mauvaisetechnique

 

« J’ai pas trop aimé la dernière scène du film….

            – Et mademoiselle, mademoiselle ?

…. j’ai trouvé qu’elle n’apportait pas toutes les réponses….

             – Et mademoiselle j’aime bien ton petit foulard rouge là, tu me fais penser à une tulipe. T’es ma petite tulipe rouge !

….nécessaires à la compréhension totale du….

           -  Si tu avais mis du orange, je t’aurais appelé ma petite citrouille d’Halloween…

….oh le relou….

            – Mon muguet du premier mai, mon gâteau à la noix de coco…

….pouahahah mais c’est quoi ces vieilles expressions ?…..

            – Et ben vous voyez les filles, vous rigolez ! Avec moi, c’est tous les jours la rigolade !

….ah oui, c’est le cas de le dire….

         -  Non mais vous êtes vraiment charmantes mesdemoiselles ! J’aime bien comment vous marchez en plus. Mais vos jeans ne sont pas assez serrés ! Moi j’aime bien quand c’est serré ! Pourquoi quand vous vous levez le matin vous ne vous dites pas « Eh dis donc aujourd’hui je vais mettre un jean super serré, ça va être trop cool»

…….euh……

           - Et mais vous allez où comme ça mes petits gâteaux à la noix de coco?

….bon….donc je disais….elles jouent quand même super bien Léa Seydoux et Anais Demoustier, surtout dans la scène où….

            – Et les filles, écoutez, ce poeme est  pour vous !

Ma tête a dit a mon coeur qu’elle s’en battait les couilles si mes couilles avaient mal au coeur et qu’ça créait des embrouilles
Mais mes couilles ont entendu et disent à ma tête qu’elle a pas d’coeur et comme mon coeur n’a pas d’couilles, ma tête n’est pas prête d’avoir peur
Moi mes couilles sont têtes en l’air et ont un coeur d’articho et quand mon coeur perd la tête, mes couilles restent bien au chaud
Et si ma tête part en couilles, pour mon coeur c’est la défaite

….c’est pas de toi c’est de Grand Corps Malade, allez bonne soirée

              - Putes !

Fragments d’un discours amoureux

novembre 5, 2010
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#unevieatattendre


 

Le visage c’est bien ce que chacun connaît le moins bien de lui-même.

Il est là, face à elle, ils se connaissent depuis 7 ans maintenant, et pourtant il croit encore qu’il peut lui cacher son désir. A ce point de proximité avec lui, elle sent qu’il lui suffit d’un geste pour qu’ils s’unissent totalement. Si elle avance les mains, il cédera sous ses caresses et s’ouvrira sans mot dire à la possibilité de découvrir la seule chose qu’ils ne connaissent pas encore l’un de l’autre. Avant qu’il ne se marie, c’est probablement l’occasion unique pour elle d’accomplir le geste tant désiré. Et pourtant ce geste, elle ne le fera pas, pas encore, sachant pertinemment que s’il en est encore temps, c’est que ce n’est justement pas le moment de le faire.

Une fois qu’ils se seront embrassés, elle sait que tout sera terminé, tout ce qu’il y avait d’intéressant sera brisé, leurs meilleurs moments seront derrière eux, déjà loin. Mais l’envie et la curiosité sont des ennemies vigoureuses. Et lorsqu’elle se penche enfin, c’est donc un peu pour se rendre, et beaucoup pour se donner raison.

Au contact de leurs lèvres, elle sent immédiatement le vide, ce goût de tristesse qui ne trompe pas. Après toute cette attente factice, la salive goûte trop le vrai, le fade, l’ennui et les ennuis. C’est son problème, elle aime trop l’attente, la séduction, les premières fois, le moment électrique où il prononce son nom. Mais une fois que tout cela est passé, une fois qu’elle cède et que les barrières tombent, où est l’excitation ?

Les pensées délirent dans sa tête tandis qu’elle continue machinalement de faire glisser sa langue contre la sienne. Il n’embrasse pas mal mais il y met bien trop de sens pour qu’elle s’oublie. Il le sait pourtant, il la connait. Elle a toujours laissé leur relation flirter avec l’ambigüité pour garder une place privilégiée à ses côtés. Mais son intérêt n’est jamais allé plus loin que la naturelle curiosité. Il avait bien essayé de lui montrer qu’il serait là pour elle, de son côté, quelle que soit l’issue qu’elle choisirait. Mais trop dépendante du regard des autres, elle n’avait jamais saisi. Et maintenant il était un peu las, il avait perdu patience et il était parti affronter ses propres angoisses dans les bras d’une autre.

C’était finalement cette bête idée qu’une étrangère puisse s’intercaler entre eux qui les avaient poussés dans les bras l’un de l’autre. Alors, comme pour sceller une histoire qui traînait depuis trop longtemps, ils choisirent d’aller au bout. Résignés, ils gagnèrent le lit fatigué ; mais la chair était triste et la parole grelottante.

Golosità

octobre 30, 2010
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#chefohouichef

 

J’étais assise à une terrasse de café, à lire mon journal aux gros titres alarmants, quand je l’ai aperçue. Il devait être 13h30 et j’avais encore une fois déjeuné sur le pouce, préférant prendre le temps de déguster mon Ségafredo et mon spéculos Lotus plutôt que de dépenser mon dernier ticket resto dans une brasserie où l’odeur de la clope prendrait le dessus sur celle du Croque Madame.

Une rue nous séparait, mais je pouvais l’examiner en détail, comme si je n’étais qu’à quelques centimètres d’elle. Gino était un chef italien comme on n’en fait plus, il chouchoutait ses clientes autant que ses tagliatelles, et celle-ci ne faisait pas exception à la règle. Avec sa robe rouge et ses escarpins léopard, elle avait attiré toute son attention et la mienne par la même occasion. Après l’avoir installée à une table à la nappe rouge et blanche à carreaux, Gino refusa de lui apporter la carte.  « S’il vous plait Signora, veuillez me faire le plaisir de me laisser choisir pour vous, je vous assure que vous ne serez pas déçue ». Elle acquiesça et je le vis partir sautillant en chantant au chef « Eiiiii, Giuseppe, fammi il menù speciale per la Signora, antipasti, primo, secondo, dolce, voglio tutto ! Niente è troppo bello per una donna così stupenda». Et il se retourna en la gratifiant d’un clin d’œil, évidemment.

Si je n’avais pas été sure d’être à Paris, comme le confirmait l’antipathie de mon serveur, j’aurais pu jurer que la scène qui suivit était tirée d’un film de Fellini. Cette icône plantureuse était directement sortie d’Amarcord. Entre deux gorgées de Marsala aux amandes, je la vis effriter les gressins entre ses doigts avant de les croquer bruyamment. Les miettes tombaient sur son décolleté et elle les repoussait en soufflant délicatement sur sa poitrine, avant de déloger les plus résistantes avec ses mains, d’un geste vif et rapide.

Quand Gino lui apporta les antipasti, elle eut un sourire sincère, plein de reconnaissance pour son bienfaiteur qui avait su viser juste. C’était un accompagnement de mozzarella di buffala avec du jambon cru, des aubergines grillées et des tomates cerises, le tout arrosé d’un trait d’huile d’olive de Sicile. Au ralenti, la scène de la dégustation aurait était d’un grand érotisme, surtout celle de la tomate cerise. Quand elle goba la tomate, ses lèvres s’accrochèrent à la peau brillante et son rouge à lèvre ne fit plus qu’un avec la pulpe juteuse. Puis ses dents serrèrent le fruit pour le faire éclater et le jus se déversa dans sa bouche. Divin.

 Une fois qu’elle se retrouva avec la pasta devant ses yeux, je la vis défaillir. Etait ce la vue des spaghetti all’arriabbiata ou l’alcool qui commençait à lui tourner la tête, je ne savais dire. Elle affichait toujours son sourire, mais cette fois il n’exprimait plus de la gratitude mais de l’adoration pour Gino. Vacillante, elle prit sa cuillère et commença à entortiller ses spaghetti avant de les avaler goulûment, sans aucune réticence ni résistance. Quand elle serrait ses joues pour mieux aspirer les ficelles, des gouttes de sauce tomate chutaient sur son menton. Mais jamais elle ne les essuyait. Elle semblait trop impatiente de finir son plat, comme une enfant. En voulant rajouter du parmesan, dans la précipitation, elle échappa même sa petite cuillère et saupoudra davantage la nappe que les pâtes. Elle paraissait avoir 10 ans et je ne me serai pas étonnée si, au grand dam de la bienséance, elle avait léché son assiette afin de ne rien gâcher.

 Il secondo la combla davantage que les plats précédents, ce qui me paraissait pourtant être difficile. Elle le regarda longuement, l’inspecta, puis pris la main de Gino, la serra très fort et le remercia de l’avoir percée à nue. Il venait d’accéder, en quelques secondes, au statut de Demi Dieu.  Il était bientôt 15h mais je ne pouvais pas me décoller de cette scène d’anthologie. Une femme allait peut être avoir un orgasme avec une escalope milanaise, il fallait que je commande un autre café ! Effectivement, en avalant la première bouchée, mes suspicions se confirmèrent. Elle eut un petit bruit coquin qui certifia que la panure devait être sacrément délicieuse ou que l’escalope était taillée dans un morceau de veau de luxe.

Comme pour l’achever, Gino lui apporta le clou du spectacle : le tiramisu. Il le vanta comme étant « il migliore del mondo » et elle n’eut aucune difficulté à le croire. Je vivais le moment par procuration, c’était ma petite cuillère qui se plongeait dans le mascarpone et mon palais qui recevait l’explosion de saveur : le cacao, le café, le rhum… En fermant les yeux, je réussissais presque à recréer toutes les subtilités du dessert. À la fin de la dégustation, la diva fellinienne versa une larme, c’était l’apogée. A bout de force, je décidais de succomber moi aussi au péché. Je me levais, réglais l’adition et traversais la route. La meilleure façon de résister à la tentation c’était d’y céder.

« Gino, je prendrais la même chose que la dame per favore ! »

If it never ends then where do we start

octobre 27, 2010
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#outofyourconfortzone


 

Matin glacial. Le quartier est enseveli par la brume. Elle est réveillée depuis longtemps. Elle a même eu le temps d’étouffer son réveil juste avant qu’il ne sonne 6 heures. Minutieusement, avec la grâce à la fois grave et romantique de quelqu’un qui va se lancer dans un combat, elle vérifie que tous ses papiers sont bien en place. Elle plonge ensuite son corps délicat dans un bain parfumé, avant de choisir une robe en soie noire dans son placard. En enfilant ses bas en nylon elle se félicite d’avoir eu la présence d’esprit d’emmener de si beaux vêtements dans ses bagages. Elle achève sa tenue par d’adorables dormeuses nacrées et une paire d’escarpins en satin. Son courage ne va, hélas, pas jusqu’à lui faire avaler son petit déjeuner, mais elle se pardonne aussitôt en faisant passer cela pour un inutile contretemps et se met immédiatement en route, la mort en poche.

Sur place les manteaux sont épais et les égoïsmes aussi. Debout au premier rang, elle songe à laisser le froid glacer son esprit pour ne plus subir ce que tous ces visages étrangers et compatissants lui inspirent. Elle sent la main ravagée du frère sur la sienne. C’est sans doute pour lui que ça lui fait le plus mal. Dans 20 minutes, 30 tout au plus, plus rien ne sera jamais pareil. Il y avait un avant ; il y aura un après. Ils feront semblant de continuer à vivre, en dépit de tout ; ils simuleront les gestes quotidiens, innombrables, fastidieux, des sourires même, quand les conventions l’exigeront. Mais la moindre image, la moindre souvenance d’un bonheur connu leur transpercera le cœur. Parallèlement à la vie ici s’en déroulera une autre en filigrane, vécue jadis, là-bas, dans un cadre qui deviendra de plus en plus flou, de plus en plus lointain, inaccessible. Elle le sait et elle sait que cela signifie qu’il est déjà trop tard : la possibilité de rejoindre cet autre cadre, cette autre vie, leur est à jamais refusée, même pour une dernière fois. Sauf en rêve…

Alors elle se souvient d’Hemingway qui faisait dire à Nick Adams : « On ne vit qu’un seul jour à la fois, celui du moment. Aujourd’hui dure jusqu’à ce soir et demain est un autre aujourd’hui. Voilà l’essentiel de ce qu’il faut apprendre dans une vie» Et elle se dit que c’est cette phrase qu’elle aurait du faire graver sur la tombe parce que ça lui aurait plu. Oui c’est sûr que ça lui aurait plu.

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